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Se pardonner de nos comportements sous alcool

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  • janviermars
    a crée une discussion Se pardonner de nos comportements sous alcool

    Se pardonner de nos comportements sous alcool

    Bonjour,

    J'ouvre cette discussion afin de vous demander comment vous avez fait pour vous pardonner, ou relativiser vos comportements lorsque vous étiez sous alcool.

    Il y a certaines choses que j'ai du mal à oublier et que je regrette. Des choses que j'ai faite sous influence alcool et qui ne seraient jamais arrivées si je n'avais pas bu. Des mauvais choix, me perdre avec des personnes que je n'aimais pas, le mal fait en parole, en acte.

    Aujourd'hui que j'y vois plus clair, j'ai du mal à accepter ce "double" de moi, à comprendre tous ces mauvais chemins pris. Je sais que ce qui est fait est fait, mais j'ai parfois une boule au ventre en y repensant. Il y a eu l'alcool, mais je me demande s'il n'y a pas un côté sombre décuplé par l'alcool qui est terré au fond de nous et qui nous fait passer à l'acte.


    Bien à vous.






  • Phronesis
    a répondu
    Bonsoir,
    Se pardonner à soi-même n'a pas forcément grand chose à voir avec les lamentations, voire la victimisation. Déjà, pour pardonner aux autres, ou plus exactement être dans la bienveillance et l'empathie, il me semble nécessaire de se réserver le même traitement. De fait, savoir se pardonner, éviter de culpabiliser, être dans cette posture de bienveillance envers soi-même, ce n'est pas se centrer sur son petit bien-être personnel, mais c'est aussi une ouverture sur l'autre.
    Personnellement, j'ai dépassé quelque culpabilité de ce que j'ai pu faire sous alcool, aux autres et à moi-même (cela dit, plus à moi-même qu'aux autres, il me semble).
    De quelle responsabilité parle-t-on au juste? Je pense qu'il y a beaucoup de souffrances chez nombre d'alcooliques, pour des raisons diverses et variées. Certes, nous ne sommes pas seuls à souffrir. Et alors? Il ne s'agit pas d'être de dire que nous sommes plus ou moins victimes que les autres, il s'agit simplement de reconnaitre notre condition humaine.

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  • J365
    a répondu
    Bonjour à tous,

    Je suis assez d'accord avec ce dernier point de vue : ni lamentation (voire victimisation) ni occultation. Dans ma pire période, c'est surtout à moi-même que j'ai fait du mal. Je me suis isolé de mes proches, bien conscient que je ne maitrisais plus rien. Doucement, ces épisodes s'intègrent à mon histoire. Je parviens à être apaisé sans rien renier de ce qui m'est arrivé. Cela renforce la vigilance par rapport à une éventuelle rechute ("plus jamais ca,").

    On est alcoolique mais pas diabolique non plus.

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  • janviermars
    a répondu
    Bonjour à tous,

    Merci pour votre participation et vos messages intéressants de part leurs différences et qui m'éclairent beaucoup.

    Cette phrase d'Alice, pour moi, est révélatrice "ma souffrance ou ma difficulté d'être s'en atténueront du fait que je serai moins préoccupé(e) de mon bien-être ou de mon mal-être, concerné(e), parfois, par autre chose que Môa."

    Celle à aussi : "Ensuite, personnellement, je trouve plus apaisant de vivre en bonne intelligence avec ma conscience, même grise, un peu chargée, que de la faire taire."

    Je ne sais pas, mais peut être faut-il simplement laisser nos agissements sous alcool à leur place de "souvenir". Ne pas les occulter, mais ne pas non plus se lamenter (ce qui est encore une manière d'être centré sur soi). Comme quelque chose qui a existé, qui fait partie de notre histoire mais qui a pris sa place dans la case "vécu".

    Bien à vous.







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  • renais-sance
    a répondu
    L'important pourrait être aussi ce qu'on n'a pas fait à cause de l'alcool.


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  • patalo
    a répondu
    Pour faire très court... Des conneries sous alcool j'en ai faites. Et Deux ou trois trucs dont je n'ai vraiment pas à être fier. Quand j'y repense? Ce qui est fait est fait, et on n'y changera rien. Et je me regarde avec bienveillance, heureux d'être sorti de ce merdier.

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  • Al!ce
    a répondu
    Envoyé par Ronald Voir le message

    Je crois que chez beaucoup d'entre nous, addicts sévères, il y a un 'je' enfoui qui est tout le contraire de la référence centrale du sujet concerné, lequel ignore même qu'il existe, alors difficile de le prendre pour un dieu ou le centre du monde !
    Et même pas de la façon la plus commune, qui est celle de tout être vivant, du fait que l'entité que nous formons est forcément, que nous le voulions ou non, le centre du monde pour nous et que tout ce qui nous est extérieur est filtré, et parfois métamorphosé, par les filtres de ce micro magma galactique qu'est chacun de nous, avant que n'importe quoi n'arrive à notre conscience - quand ça y arrive puisque le plus souvent ça ne reste qu'en notre inconscient.

    Ce 'je' ne se croit même pas le droit d'être et d'exister, notre conscience l'a toujours ignoré, et, dès qu'il se pointait à sa porte, elle l'a fui, par l'alcool ou autre engin intersidéral.

    Se rendre compte, un peu, ne fut-ce qu'un tout petit peu, qu'il est, qu'il a toujours été (peu importe qu'il soit plus ou moins beau/laid, bête/intelligent, gentil/méchant, ordinaire/pas banal) sans jamais être su, c'est… euh… incommunicable à ceux qui n'ont jamais vécu toute leur vie sans être eux et qui ne peuvent concevoir que ça puisse exister et incommunicable aussi à ceux qui ont toujours vécu sans et qui ne veulent pas le savoir.

    En tout cas c'est, en ce qui me concerne, un vécu d'essence nouvelle mais qui n'a vraiment rien d'extraordinaire, je pourrais dire que je commence à découvrir ce que c'est que de vivre en tant que quelqu'un de normal, d'ordinaire et qui a comme tout être vivant le droit d'être banal, normal et ordinaire.

    Et que c'est bon de voir les autres comme ils sont sans jugement, sans attente et sans plus d'envie d'y changer quoi que ce soit, là-d'sus j'attends qd même mon fils, qui va arriver et je m'en va vite prendre ma douche
    Précisément, mon droit à exister, mon besoin d'exister, m'importe moins, désormais, que la forme de mon existence et donc la nature de mes agissements, d'où la question de ma responsabilité dans mes actes que je ne veux pas évacuer en raison d'un probème autrement plus grave qui serait ma difficulté à être. Ma difficulté passée ou présente à être, c'est mon problème et non celui des autres, il ets donc tout à fait secondaire dans mes rapports avec eux et donc dans mon rapport au monde.
    D'où le refus du pardon qui procéderait, pour moi, de la même complaisance indéfiniment répétée : j'ai de la peine à exister, il me faut donc exister à tout prix en m'accordant toujours tout, autrefois l'alcool, aujourd'hui des pardons automatiques, dans le souci de mon intérêt, pour mon bien. Non.

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  • Ronald
    a répondu
    Envoyé par Al!ce Voir le message
    Bonjour Janviermars,

    Très intéressante question, à laquelle nous avons été nombreux à nous trouver confrontés.

    Je t'envie beaucoup, Sencha, de ne pas avoir eu sous alcool de comportements dont tu puisses rougir. Je te crois volontiers. C'ets pourquoi je t'envie.

    Ca n'est pas mon cas, et, pire peut-être, je pense que ces comportements que j'avais sous alcool révélaient cette part noire dont parlait Ronald et que l'alcool révèle.
    Et, s'il faut être honnête, on doit pouvoir mettre en relation ces comportements sous alcool avec d'autres comportements, moins préjudiciables, que nous avions aussi sans alcool. C'ets là, me semble-t-il, que réside le danger : se défausser sur l'alcool de nos propres responsabilités.

    Ronald remarquait encore justement qu'il faut faire la part des choses, de notre responsabilité, de celle d'autrui et de celle de l'alcool.
    Pour ce qui me concerne, j'ai voulu le faire avec une totale honnêteté, en pleine lucidité.

    C'est la raison pour laquelle, cela surprendra peut-être, j'ai pris le parti de NE PAS ME PARDONNER.
    C'est ainsi que cela a été énoncé il y a un certain temps déjà - c'ets pourquoi ta question m'a interpellée.

    Comme toi, je pense que la culpabilité, le ressassement, les ruminations, quoique inévitables, sont inutiles.
    En revanche le pardon suppose un certain oubli, le fameux oubli nécessaire, un effacement de l'ardoise, permettant de passer à autre chose, comme dans la citation de Ndialogo, ce qui me paraît une commodité, un confort dont on peut se passer, surtout s'il doit aller jusqu'à l'apitoiement sur soi-même dans lequel on se plaindra encore du mal qu'on a pu faire à autrui parce qu'il nous fait souffrir dans notre conscience, si bien que la malheureuse victime, le centre de notre intérêt, c'est encore nous-même, tant l'ego agit comme un puissant aimant qui ramène toujours tout au même point nodal.

    J'ai préféré considéré que, entre le remords et le pardon, il y a une dose de culpabilité, justifiée, que l'on peut changer en responsabilité, et j'ai choisi de vivre avec, sans tourner le dos, sans m'asseoir dessus. Je n'y pense pas tout les jours mais, tous les jours, dans les soubassements de mes conduites actuelles, c'est là.
    La voie que j'ai trouvé pour ne vivre ni dans l'oubli ni dans le ressassement impuissant, c'est de changer, pas seulement en posant le verre mais plus profondément.
    C'est le sens que j'ai pu donner à ce mot "assumer", que j'entends souvent employer à tort et à travers, au quotidien, dans mon boulot, et dans un sens souvent exactement opposé à ce qu'il voudrait dire : il devient un "Je reconnais, oui, sans problème, et j'attends que le fait de reconnaître suffise à me dédouaner et qu'il n'y ait donc aucune conséquence à mon acte." Oui, mais non. Assumer, c'est être responsable et accepter 1. de voir les faits tels qu'ils sont 2. d'en supporter les conséquences et la première de toutes, que le mal fait ne s'efface pas, il peut parfois se réparer, parfois se dépasser, mais ne s'efface pas.

    Il ne faudrait pas croire que ce choix du refus du pardon (sauf si par pardon on entend le simple constat "c'est comme ça, il va falloir faire avec maintenant") est invivable.

    1. D'abord il ne suppose pas une fuite en avant pour je ne sais quelle compensation des fautes passées. (Oui, j'ai dit "fautes", terme qui n'a plus droit de cité de nos jours. Personne ne commet plus de fautes, semble-t-il. Ou est-ce seulement que personne ne veut plus l'admettre, que la reconnaissance d'une faute est une violente humiliation que l'on ferait subir à l'égo dictateur ?) Il suppose seulement une remise en perspective de moi et de l'autre, une plus grande attention à l'autre, qui en était autrefois détournée par l'attention que nous nous accordions à nous-même, ou, plus exactement, que nous accordions à notre souffrance, cette souffrance, ces souffrances qui nous ont fait boire et qui nous semblaient le centre du monde. Non, notre souffrance ou notre difficulté d'être n'est pas le centre du monde, il me semble que, même pour nous, elle ne doit pas l'être. il y a autre chose dans le monde que moi-même, je ne m'ampute de rien à détourner le regard de mon moi, moi profond, moi réel, moi-peau, moi-moi etc, vers l'extérieur, au contraire : ma souffrance ou ma difficulté d'être s'en atténueront du fait que je serai moins préoccupé(e) de mon bien-être ou de mon mal-être, concerné(e), parfois, par autre chose que Môa.

    2. Ensuite, personnellement, je trouve plus apaisant de vivre en bonne intelligence avec ma conscience, même grise, un peu chargée, que de la faire taire.
    Je veux vivre avec moi-même, pas avec une autre que j'aurais inventée, bonne, pure, immaculée, ou, plus couramment chez nous autres alcooliques, éternellement victime, victime du défaut d'attention des autres ou d'elle-même, victime d'anciennes carences, victime d'un mauvais départ, victime des circonstances etc. Victimes, nous le sommes tous, ça commence à la naissance, par le fait de naître.

    Il y a des crimes, dit une certaine religion qui n'est pas la mienne mais où il y a à puiser bien des enseignements, "qui n'ont pas d'auteur". D'autres crimes en ont un. La loi ancienne prescrit - et c'est là son vrai sens, souvent détourné, pris dans le sens de la vengeance, ce qui est non seulement faux mais historiquement stupide - que pour un oeil, on payera d'un oeil, pour une dent, d'une dent, ni PLUS (pour une dent, on ne réclamera pas une vie) ni MOINS (pour un oeil, on ne se contentera pas d'accorder le pardon). A l'époque, cela constituait un progrès. Le progrès suivant à consisté à rendre la réparation, l'oeil ou la dent dûs, symboliques.
    C'est le fondement de la justice. Je pense qu'il faut être juste avec soi-même comme avec les autres : ni impitoyable, par excès d'un côté, ni complaisant, par excès de l'autre..., juste, c'est-à-dire dans un juste milieu.


    Voilà, modeste contribution à la réflexion générale. Pas plus que mon point de vue.
    (On parlera sans doute encore de "moraline", ce ne sera pas faux si l'ego susceptible et peu enclin à laisser pénétrer en lui l'Ennemi qu'est la remise en cause et l'auto-critique, raille sous ce nom de "moraline" l'exigence morale que l'on tâche de s'appliquer, éventuellement à son détriment immédiat, pour un bénéfice plus lointain, et qui peut apparaître, j'en suis bien consciente, comme un peu ridicule et très anachronique à l'heure où l'on n'adore plus rien d'autre que le dieu "Moi". Ces adeptes du Moi, grand bien leur fasse de n'être passé sur terre pour ne s'intéresser à rien d'autre qu'à eux-même, comme ces gens qui, au musée, dans les expositions, continuent leur conversations intimes si bien qu'on peut entendre, devant un Fra Angelico ou un Vermeer, des "Et alors, ton beau-frère, il a déménagé... ?" Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, regarde plutôt ce que tu as devant toi, hey, Pomme ! J'ai donc une fois pour toutes décidé de ne pas craindre le ridicule, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas démordre de ce à quoi je tiens. Quand j'arriverai à la fin, ce ne seront pas mes petits ridicules qui m'importeront, ni l'opinion des sectateurs et prosélytes du Moi, mais la vue d'ensemble.)


    Bonne journée.
    Je crois que chez beaucoup d'entre nous, addicts sévères, il y a un 'je' enfoui qui est tout le contraire de la référence centrale du sujet concerné, lequel ignore même qu'il existe, alors difficile de le prendre pour un dieu ou le centre du monde !
    Et même pas de la façon la plus commune, qui est celle de tout être vivant, du fait que l'entité que nous formons est forcément, que nous le voulions ou non, le centre du monde pour nous et que tout ce qui nous est extérieur est filtré, et parfois métamorphosé, par les filtres de ce micro magma galactique qu'est chacun de nous, avant que n'importe quoi n'arrive à notre conscience - quand ça y arrive puisque le plus souvent ça ne reste qu'en notre inconscient.

    Ce 'je' ne se croit même pas le droit d'être et d'exister, notre conscience l'a toujours ignoré, et, dès qu'il se pointait à sa porte, elle l'a fui, par l'alcool ou autre engin intersidéral.

    Se rendre compte, un peu, ne fut-ce qu'un tout petit peu, qu'il est, qu'il a toujours été (peu importe qu'il soit plus ou moins beau/laid, bête/intelligent, gentil/méchant, ordinaire/pas banal) sans jamais être su, c'est… euh… incommunicable à ceux qui n'ont jamais vécu toute leur vie sans être eux et qui ne peuvent concevoir que ça puisse exister et incommunicable aussi à ceux qui ont toujours vécu sans et qui ne veulent pas le savoir.

    En tout cas c'est, en ce qui me concerne, un vécu d'essence nouvelle mais qui n'a vraiment rien d'extraordinaire, je pourrais dire que je commence à découvrir ce que c'est que de vivre en tant que quelqu'un de normal, d'ordinaire et qui a comme tout être vivant le droit d'être banal, normal et ordinaire.

    Et que c'est bon de voir les autres comme ils sont sans jugement, sans attente et sans plus d'envie d'y changer quoi que ce soit, là-d'sus j'attends qd même mon fils, qui va arriver et je m'en va vite prendre ma douche

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  • Al!ce
    a répondu
    Bonjour Janviermars,

    Très intéressante question, à laquelle nous avons été nombreux à nous trouver confrontés.

    Je t'envie beaucoup, Sencha, de ne pas avoir eu sous alcool de comportements dont tu puisses rougir. Je te crois volontiers. C'ets pourquoi je t'envie.

    Ca n'est pas mon cas, et, pire peut-être, je pense que ces comportements que j'avais sous alcool révélaient cette part noire dont parlait Ronald et que l'alcool révèle.
    Et, s'il faut être honnête, on doit pouvoir mettre en relation ces comportements sous alcool avec d'autres comportements, moins préjudiciables, que nous avions aussi sans alcool. C'ets là, me semble-t-il, que réside le danger : se défausser sur l'alcool de nos propres responsabilités.

    Ronald remarquait encore justement qu'il faut faire la part des choses, de notre responsabilité, de celle d'autrui et de celle de l'alcool.
    Pour ce qui me concerne, j'ai voulu le faire avec une totale honnêteté, en pleine lucidité.

    C'est la raison pour laquelle, cela surprendra peut-être, j'ai pris le parti de NE PAS ME PARDONNER.
    C'est ainsi que cela a été énoncé il y a un certain temps déjà - c'ets pourquoi ta question m'a interpellée.

    Comme toi, je pense que la culpabilité, le ressassement, les ruminations, quoique inévitables, sont inutiles.
    En revanche le pardon suppose un certain oubli, le fameux oubli nécessaire, un effacement de l'ardoise, permettant de passer à autre chose, comme dans la citation de Ndialogo, ce qui me paraît une commodité, un confort dont on peut se passer, surtout s'il doit aller jusqu'à l'apitoiement sur soi-même dans lequel on se plaindra encore du mal qu'on a pu faire à autrui parce qu'il nous fait souffrir dans notre conscience, si bien que la malheureuse victime, le centre de notre intérêt, c'est encore nous-même, tant l'ego agit comme un puissant aimant qui ramène toujours tout au même point nodal.

    J'ai préféré considéré que, entre le remords et le pardon, il y a une dose de culpabilité, justifiée, que l'on peut changer en responsabilité, et j'ai choisi de vivre avec, sans tourner le dos, sans m'asseoir dessus. Je n'y pense pas tout les jours mais, tous les jours, dans les soubassements de mes conduites actuelles, c'est là.
    La voie que j'ai trouvé pour ne vivre ni dans l'oubli ni dans le ressassement impuissant, c'est de changer, pas seulement en posant le verre mais plus profondément.
    C'est le sens que j'ai pu donner à ce mot "assumer", que j'entends souvent employer à tort et à travers, au quotidien, dans mon boulot, et dans un sens souvent exactement opposé à ce qu'il voudrait dire : il devient un "Je reconnais, oui, sans problème, et j'attends que le fait de reconnaître suffise à me dédouaner et qu'il n'y ait donc aucune conséquence à mon acte." Oui, mais non. Assumer, c'est être responsable et accepter 1. de voir les faits tels qu'ils sont 2. d'en supporter les conséquences et la première de toutes, que le mal fait ne s'efface pas, il peut parfois se réparer, parfois se dépasser, mais ne s'efface pas.

    Il ne faudrait pas croire que ce choix du refus du pardon (sauf si par pardon on entend le simple constat "c'est comme ça, il va falloir faire avec maintenant") est invivable.

    1. D'abord il ne suppose pas une fuite en avant pour je ne sais quelle compensation des fautes passées. (Oui, j'ai dit "fautes", terme qui n'a plus droit de cité de nos jours. Personne ne commet plus de fautes, semble-t-il. Ou est-ce seulement que personne ne veut plus l'admettre, que la reconnaissance d'une faute est une violente humiliation que l'on ferait subir à l'égo dictateur ?) Il suppose seulement une remise en perspective de moi et de l'autre, une plus grande attention à l'autre, qui en était autrefois détournée par l'attention que nous nous accordions à nous-même, ou, plus exactement, que nous accordions à notre souffrance, cette souffrance, ces souffrances qui nous ont fait boire et qui nous semblaient le centre du monde. Non, notre souffrance ou notre difficulté d'être n'est pas le centre du monde, il me semble que, même pour nous, elle ne doit pas l'être. il y a autre chose dans le monde que moi-même, je ne m'ampute de rien à détourner le regard de mon moi, moi profond, moi réel, moi-peau, moi-moi etc, vers l'extérieur, au contraire : ma souffrance ou ma difficulté d'être s'en atténueront du fait que je serai moins préoccupé(e) de mon bien-être ou de mon mal-être, concerné(e), parfois, par autre chose que Môa.

    2. Ensuite, personnellement, je trouve plus apaisant de vivre en bonne intelligence avec ma conscience, même grise, un peu chargée, que de la faire taire.
    Je veux vivre avec moi-même, pas avec une autre que j'aurais inventée, bonne, pure, immaculée, ou, plus couramment chez nous autres alcooliques, éternellement victime, victime du défaut d'attention des autres ou d'elle-même, victime d'anciennes carences, victime d'un mauvais départ, victime des circonstances etc. Victimes, nous le sommes tous, ça commence à la naissance, par le fait de naître.

    Il y a des crimes, dit une certaine religion qui n'est pas la mienne mais où il y a à puiser bien des enseignements, "qui n'ont pas d'auteur". D'autres crimes en ont un. La loi ancienne prescrit - et c'est là son vrai sens, souvent détourné, pris dans le sens de la vengeance, ce qui est non seulement faux mais historiquement stupide - que pour un oeil, on payera d'un oeil, pour une dent, d'une dent, ni PLUS (pour une dent, on ne réclamera pas une vie) ni MOINS (pour un oeil, on ne se contentera pas d'accorder le pardon). A l'époque, cela constituait un progrès. Le progrès suivant à consisté à rendre la réparation, l'oeil ou la dent dûs, symboliques.
    C'est le fondement de la justice. Je pense qu'il faut être juste avec soi-même comme avec les autres : ni impitoyable, par excès d'un côté, ni complaisant, par excès de l'autre..., juste, c'est-à-dire dans un juste milieu.


    Voilà, modeste contribution à la réflexion générale. Pas plus que mon point de vue.
    (On parlera sans doute encore de "moraline", ce ne sera pas faux si l'ego susceptible et peu enclin à laisser pénétrer en lui l'Ennemi qu'est la remise en cause et l'auto-critique, raille sous ce nom de "moraline" l'exigence morale que l'on tâche de s'appliquer, éventuellement à son détriment immédiat, pour un bénéfice plus lointain, et qui peut apparaître, j'en suis bien consciente, comme un peu ridicule et très anachronique à l'heure où l'on n'adore plus rien d'autre que le dieu "Moi". Ces adeptes du Moi, grand bien leur fasse de n'être passé sur terre pour ne s'intéresser à rien d'autre qu'à eux-même, comme ces gens qui, au musée, dans les expositions, continuent leur conversations intimes si bien qu'on peut entendre, devant un Fra Angelico ou un Vermeer, des "Et alors, ton beau-frère, il a déménagé... ?" Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, regarde plutôt ce que tu as devant toi, hey, Pomme ! J'ai donc une fois pour toutes décidé de ne pas craindre le ridicule, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas démordre de ce à quoi je tiens. Quand j'arriverai à la fin, ce ne seront pas mes petits ridicules qui m'importeront, ni l'opinion des sectateurs et prosélytes du Moi, mais la vue d'ensemble.)


    Bonne journée.
    Dernière modification par Al!ce, 03/02/2019, 07h42.

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  • Indianamou
    a répondu
    Hello Janviermars,

    Envoyé par janviermars
    Indianamou, j'ai beaucoup aimé ton message. Il m'a vraiment fait tilt. C'est drôlement bien écrit. Clair. Limpide.
    C'est bien la première fois, sur le forum, qu'on me dit que ce que j'écris est clair et limpide.
    Au contraire, comme indiqué dans l'intro de ma contribution sur ton fil, "on" me trouve souvent bien hermétique.

    Quant au côté, "bien écrit", c'est parc'que, comme expliqué, là encore, dans cette même intro, vu que ce sujet me tient également à cœur, j'en ai profité pour mettre, laborieusement car je n'suis pas naturellement littéraire pour deux sous, des mots justement précis dans des phrases logiquement articulées pour traduire mes pensées qui, je l'avoue, partent dans tous les sens pour tenter de m'échapper, les coquines.


    Envoyé par janviermars
    Et franchement, je me dis que pour continuer à avancer sereinement, le truc à ne surtout pas faire, c'est l'apitoiement.
    Si effectiv'ment, l'apitoiement n'est pas une bonne manière d'avancer, elle cache parfois un décalage réel de ses perceptions et de ses ressentis.
    A fouiller pour voir s'il ne s'y cach'rait pas des potentialités insoupçonnées.
    Souvent sources de possibles addictions.

    Bises nu comme un verre et tenue de brosse Adam.

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  • Ndialogo
    a répondu
    Bonsoir
    je ne ferai pas très long, je voulais juste vous (re)faire partager une petite citation qui résume vraiment bien mon état d'esprit :

    "Tout le temps qu'on dépense à regarder en arrière est du temps qu'on n'emploie pas à regarder en avant"

    Bonne soirée.

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  • janviermars
    a répondu
    Bonsoir,

    Vos messages me font drôlement réfléchir....et dans le bon sens.

    MPI : "il y dans ma vie des actes que j'ai commis, sans être alcoolisée, et dont je ne suis pas très fière non plus.."

    Effectivement, cela remet un peu les choses en place. Pourquoi me focaliser sur mes comportements sous alcool, car nous faisons tous des erreurs, et pas besoin d'alcool pour ça.

    Indianamou, j'ai beaucoup aimé ton message. Il m'a vraiment fait tilt. C'est drôlement bien écrit. Clair. Limpide.

    Merci à Ronald pour cette phrase : "ensuite bien distinguer ce qui relève de notre responsabilité, du hasard et du fait d'autrui". Cela aussi me fait réfléchir.

    Sencha : je crois que tu as sûrement touché au plus juste en disant que le fait d'avoir cessé l'alcool a peut être mis ton épouse face à une certaine réalité qui devait être sinon cachée, atténuée.

    Je n'ai pas très envie de vivre dans les remords et la culpabilité. J'ai envie d'avancer et de laisser ce qui est fait à sa place. J'ai fais des excuses aux gens que j'ai pu blesser, et rapidement après un débordement. Et en y pensant, personne ne m'en a tenu rigueur par la suite. C'est plutôt moi qui ne pouvait pas digérer. Et franchement, je me dis que pour continuer à avancer sereinement, le truc à ne surtout pas faire, c'est l'apitoiement.

    Bonne soirée à tous.


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  • SENCHA
    a répondu
    Bonjour Janviermars,

    Je ne sais pas si tu lèves un lièvre en posant le sujet, mais à priori, connaissant les histoires des uns et des autres parmi nous, il y a forcément à creuser.

    Mais si je ne dois parler qu'en mon nom, il y a là une énorme ambiguïté.
    C'en est une qui me fait souvent douter de rester sur le chemin de l'abstinence. Une parmi au moins 3 raisons.

    1) La première, je l'exposais en filigrane en répondant à la présentation de notre amie "A moitié vide", à peu près en ces termes :

    Alors, on peut comparer autant qu'on veut, on peut surtout essayer de se prouver que les autres sont différents...qu'on en est pas encore à ce stade...
    Mais justement, et c'est là qu'est ta chance, et que fut la mienne. Il n'est pas encore trop tard. Tu n'as pas encore touché le fond.

    Et ce sera, à la fois moins difficile d'en sortir, mais également, à la fois plus difficile de s'en convaincre...
    Se convaincre que l'on est alcoolique.

    Pour faire simple, le fait d'avoir pris conscience assez tôt du problème alcool n'est pas forcément un argument fort dans la démarche de l'abstinence "à vie".

    2) La seconde raison, est liée au départ de mon épouse. J'ai cru, au départ, que mon abstinence m'avait changé à ce point qu'elle ne m'aime plus. Elle m'avait annoncé sa volonté de me quitter, 9 mois après mon début d'abstinence. Je lui ai demandé de m'affirmer que mon abstinence n'y était pour rien dans sa prise de décision. Elle m'a, à plusieurs reprises, soutenue que non. Mais, aujourd'hui, je n'en suis plus si certain, car le penchant pour l'alcool qu'elle a et qu'elle a maintenu, a forcément creusé un écart entre nous. Du moment où j'ai décidé de ne plus boire - sans compter les phases psychologiques par lesquels on passe sur cette route - notre relation était forcément changée. C'en était fini de nos soirées à refaire le monde autour d'un verre, fini ces moments de douce convivialité... Je sais que cela lui a manqué, je sais aussi que cela lui a renvoyé la culpabilité de "sa" dépendance. Ma détermination l'a également "blessé". Probablement.

    Alors, pour conclure sur cette seconde raison, j'ai de la difficulté à y voir un mal pour un bien, alors qu'il me semblerait plutôt que ce fut un bien pour un mal.

    3) la troisième raison, c'est celle que tu exposes dans ton sujet.

    Je n'ai jamais eu de comportement négatif sous alcool. Jamais.
    Jamais pris le volant.
    Jamais de disputes.
    Jamais de violences, ni physique, ni verbale.

    Tout le contraire. Mes amis, ma famille, ont perdu quelque chose de par mon abstinence. Je n'ai jamais été "mal aimé" sous alcool. Au contraire. Toujours joyeux et de bonne compagnie. Même si aujourd'hui, ils ont bien compris mon choix et les raisons de mon choix. Même si aujourd'hui ils ne m'encouragent pas à reprendre un verre. Même si aujourd'hui, ils continuent à m'aimer pour qui je suis.

    Donc, je ne pourrais pas répondre à ta question. Je n'ai absolument rien à me pardonner ou à me faire pardonner de mes comportements sous alcool. RIEN.


    Bises à toutes et tous.

    Sencha.

    PS : Il y a bien évidemment plein d'autres raisons qui me font croire en la justesse de mon choix, mais ce n'était pas le sujet.

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  • MPi
    a répondu
    bonjour
    en début d'abstinence, la mémoire est vive, les regrets et la honte aussi, le temps aide à cicatriser la mémoire, et si tu as le goût de réparer chez les autres les dégâts que tu as occasionnés,tu auras fait le maximum dans ce sens
    quand je regarde en arrière, il y dans ma vie des actes que j'ai commis, sans être alcoolisée, et dont je ne suis pas très fière non plus..
    aujourd'hui, je m'accepte dans ma laideur, et je crois que ça me permet aujourd'hui de voir aussi ce qu'il y a de beau, et d'unique en moi, qui n'a de valeur que pour moi, et que je nomme l'estime de moi
    j'ai de l'estime pour moi, et ça n'a aucune espèce d'importance, ça permet de vivre simplement

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  • Indianamou
    a répondu
    Hello Janviermars,
    Hello les assumé(e)s et les repenti(e)s,

    Je me permets cette petite incursion toujours sous forme de liens hypertexte car, déjà ça en jette, hein que ouais et, je le rappelle sans demander ni d'adhérer ni de dénier le droit d'ainsi m'exprimer, dans une formule qui, à mes yeux, a l'avantage de pouvoir ainsi, à la fois, d'une part préserver l'éventuel(le) lectrice(teur) d'une contribution qu'elle ou qu'il ne souhaite pas découvrir, car connaissant le zèbre, elle ou il se doute que celle de l'Indien risque plus de la ou le déstabiliser par son involontaire hermétisme que de l'épauler par sa bienveillante sollicitude et, d'autre part, de ne pas disperser les réflexions auxquelles je suis moi-même, affectiv'ment et effectiv'ment, confronté et attaché et dont je crois, mais là encore, ceci n'engage que moi, qu'elles sont essentielles pour certaines et certains, à la transition du "sans alcool" vers le "hors alcool" et la vie qui va avec.

    Et peuvent donc être considérées, à juste titre puisqu'elles envisagent des problématiques de lendemains qui chantent et des jours d'après, comme trop distancièes des préoccupations premières d'un "simple", évidemment entre guillemets, arrêt de l'alcool ou autrement, cette fois-ci, injustement jugées comme verbeuses et inutiles pinaill'ries de mec qui n'se prend pas pour une sous-merde...

    Bises Born Toulouse Lautrec et Claude Monnet de singe.
    Dernière modification par Indianamou, 02/02/2019, 02h20.

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