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Vide-ordures

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    Vide-ordures

    Certains se plaignent que les médecins soient mis à mal sur ce forum. Je soumets à votre réflexion un texte célinien qui a été publié sur Usenet il y a 10 ans. Je ne le reprends pas à mon compte. Le but est de lancer un débat sur les difficultés des médecins face à certains patients. Le titre est de l'auteur.

    LE VIDE-ORDURES DE LA REGION


    Ils sont tous là. Ou elles, les - soyons carrément horribles tant qu'à
    faire, la thérapie n'en sera que plus efficace, - les scories de la
    civilisation.

    Trois, quatre familles de gens du voyage de suite. Une odeur à fuir, à
    renverser en pénétrant dans le centre médical. Des gamins morveux, poisseux,
    pisseux, plusieurs d'une saleté repoussante, couverts de cloques, et on
    imagine le petit monde de parasites courant sur la peau et dans les cheveux.
    Insupportables de cris, de hurlements, ils saccagent méthodiquement les
    salles d'attente, bousculant les chaises, grimpant sur les bancs, versant
    leurs biberons collants de jus sur les sièges, tapant dans les murs,
    déchirant les magazines en confettis, arrachant les coins déjà soulevés du
    papier de revêtement mural, démolissant en les frappant et en les
    martyrisant les jouets mis à la disposition des petits, ajoutant ainsi un
    vacarme de remue-ménage à leurs beuglements de mégères, dans une odeur de
    ménagerie.


    Les mères donnent de la voix, parlent très bruyamment entre elles dans leur
    dialecte si particulier, haché, avalé, empruntant aux langages simplifiés de
    toutes les régions en l'absence totale de syntaxe. Elles ont une fois pour
    toutes adopté toutes le même comportement : ne rien dire aux enfants, ne
    rien faire pour les contenir, ou diminuer le vacarme ou la nuisance, avec ce
    fond de défi provocateur qui assènerait aux autres patients en attente :
    "avisez-vous donc de tenter d'exprimer un quelconque mécontentement ! Et si
    quelque chose ne vous convient pas, partez donc, nous la terre nous
    appartient, et nous ne sommes pas près ni prêtes à changer d'un iota,
    d'ailleurs les gamins se chargeront tout seuls de faire entendre et
    comprendre à tout "gadjo" qu'il serait mal venu de protester !"

    En guise de règlement administratif, financement présumé de la consultation,
    toutes ces mères tendront une carte santé d'un autre département, souvent
    non à jour dans ses informations, un ou plusieurs enfants manquent sur la
    liste des ayant droit pourtant déjà très fournie, ou périmée. L'homme, s'il
    est sorti de prison, ou en son absence un autre mâle du campement attend
    pendant ce temps là à l'extérieur dans la camionnette de ramassage.

    Trois ou quatre familles par ailleurs de lie sociale (de lien social
    peut-être aussi ?) de bas de gamme, de fond de caisse, à partager entre les
    anciens gens du voyage sédentarisés relogés de force dans les HLM, dont ils
    paraissent ne jamais avoir trouvé le robinet de douche, et puis des RMIstes
    chroniques, professionnels du chômage sans emploi de l'âge de 16 ans à celui
    de 56.

    On peut le comprendre sous les deux angles d'observation : qui serait assez
    fou pour embaucher des absentéistes permanents, même un simple stage dit de
    réinsertion ou de reclassement ils le manquent dès la première semaine, et
    de leur propre point de vue, comment des ivrognes perpétuels, des personnes
    sans lendemain, sans heure, sans règles, sans conscience aucune auraient-ils
    la simple idée de chercher à travailler ?

    Dans quel invraisemblable but obtenir en travaillant bêtement la même vie
    qu'en ne sortant jamais de leur condition actuelle, d'une identique
    rentabilité si l'on tient compte des très nombreux avantages de gratuité et
    d'exonérations qu'ils perdraient en trouvant un emploi ?

    Egalement au nombre des présents de l'après-midi, des populations non
    classables, ni codifiables, des filles de 17 ans déjà enceintes ou mères,
    rigoureusement incapables d'assumer un tel rôle. Flanquées du beur, du noir,
    du manouche, de l'homme qui passait dans la cage d'escalier au moment voulu
    pour mettre en route le foetus intrautérin, elles mènent en consultation le
    premier, issu d'un autre sexe et d'une pilule restée dans la poche, d'un
    préservatif en sac de supermarché inefficace, ou d'une ignorance absolue des
    modalités de la procréation.

    Un gamin qui coule de partout, du nez, des yeux, des fesses, du pénis. De
    toute manière elles n'ont ni mouchoir, ni l'idée que la même couche n'est
    pas idéale pour 48 heures, elles sauront à peine déshabiller le marmot,
    sûrement pas le nettoyer, ou trouver une parade à ses vomissements dont le
    médecin devra se débrouiller, ou calmer ses hurlements interminables. La
    passivité confine à l'anesthésie, et s'il existe une quelconque prise en
    charge temporaire, elle est le fait d'une grand-mère, d'une voisine, puis de
    travailleurs sociaux.

    La règle générale est dans cette apathie figée, associée à une absolue
    indifférence, l'ensemble aboutissant à une délégation des tâches. Quand la
    grande demi-sœur est assez âgée, ce qui signifie 8 ans, la mère se contente
    d'énoncer, sur un ton épuisé : "Julie ! Mais occupe-toi de ton frère, moi je
    vais le tuer...". De manière générale, vu l'état chronique de la mère, ce
    sont à la maison les Julie et les Jennifer ou les Madisson ou Lindsay de 8
    ou 9 ans qui gèrent, vont dérober de quoi manger, chercher les médicaments
    gratuits à la pharmacie, prévenir les assistantes sociales, le médecin,
    l'école (lorsqu'elles s'y rendent de temps en temps) de l'incapacité de se
    déplacer de leur mère.

    Tout ce gentil monde est en état d'ivresse et de chômage permanent, de
    décrépitude profonde, d'intoxication avancée, de dépendance confinant à
    l'abrutissement dans un fond de débilité variable, ou dans la perte de leurs
    capacités à la base normales, dans un état ahurissant et envahissant de
    misère et d'absolue pauvreté physique, intellectuelle. Tout ce monde vit
    dans l'immédiat. Sans prévision ni provisions, sans avenir, sans idées, sans
    réflexion, sans ambition.

    Pourquoi sont-ils venus consulter ce jour ci ? Parce que c'est gratuit,
    essentiellement, parce qu'ils n'ont éternellement rien à faire, parce qu'un
    quelconque service social, scolaire, administratif en décalage complet avec
    la réalité ("votre enfant n'a pas subi sa visite obligatoire du 24ème mois
    l'an passé", "les vaccinations de votre enfant ont-elles été effectuées ?"
    "si les neuf dernières absences de votre fille sont dues à un problème de
    santé, vous voudrez bien nous faire parvenir un certificat du médecin qui
    l'aura éventuellement traitée" ...) les a poussés à s'enquérir d'un risque.

    Entendons par risque le seul et unique qui les préoccupe, loin de la santé
    de l'enfant : celui de perdre une allocation. Parce que, pour ceux très
    nombreux qui possèdent en dépit de cette précarité une télévision, un
    magnétoscope, les programmes ne convenaient pas ce soir ou ce jour là, parce
    qu'ils pourront, dans la gratuité et dans une absolue quiétude sans la
    moindre restriction (qui donc pourrait s'alarmer de ce que ces populations
    consultent cinq médecins différents, selon la proximité de l'immédiat, des
    courses à faire, des facilités d'horaires d'ouverture à cinq, neuf, douze
    reprises dans le même mois ?

    L'administration de la Caisse d'Assurance Maladie prendra simplement un jour
    une décision de comparution en Commission Médicale Régionale du ou des
    médecins concernés : il est tout de même parfaitement anormal qu'ils
    revoient aussi souvent des patients sans raison, ils doivent soit procéder
    par publicité, voire les racoler dans la rue, en tout cas les inciter trop
    fortement à revenir les envahir en permanence de leur puanteur et de leur
    hygiène discutable, cela mérite manifestement d'être sanctionné !) revenir
    consulter dans trois jours, et de nouveau la semaine suivante. Parfois deux
    fois dans la même journée, s'ils s'ennuient vraiment ou passent devant le
    cabinet...

    Egalement très bruyants dans ces catégories, les enfants sont seuls au
    monde, dévastateurs, prédateurs, et les parents démunis, en incapacité
    complète. Leurs enfants peuvent s'échapper du cabinet à l'extérieur, la
    secrétaire va devoir leur courir après sur le trottoir dans l'indifférence
    absolue et sans le moindre remerciement, sa récompense est peut-être dans la
    reconnaissance de son existence par certaines mères d'une vulgarité
    incommensurable : la gamine, figée sur le siège des toilettes où elle évolue
    toutes portes ouvertes, braille depuis trois minutes "j'ai fini" à
    l'attention (mot inconnu du vocabulaire) et l'intention de sa mère, qui
    finira par lui jeter, par delà les autres occupants des salles d'attente,
    sans même lever les yeux des images d'un roman-photo " demande à la dame !"

    De manière extraordinaire, il subsiste entre tous ces intervenants des
    consultants "normaux", avec un comportement logique, poli, motivé, et
    rémunérant l'acte du médecin de façon normale aussi. Interviennent encore,
    tout au long de la journée, des demandes téléphoniques diverses multiples,
    dont l'absurdité le dispute au sans-gêne, en parallèle strict avec, en salle
    d'attente, la vulgarité sordide et les nuisances incommodantes : - "Je ne
    suis pas allé travailler depuis deux jours, vous me faites un certificat".
    "excusez-moi, mais en quoi suis-je concerné, je ne vous ai pas reçu en
    consultation ces jours-là, me semble-t-il ?" "non, mais je suis allé voir un
    autre médecin, près de la poste là-bas, et aujourd'hui je n'ai pas le temps
    d'y retourner"... Authentique hélas... - "C'est mon frère, il m'a dit va
    demander l'arrêt, il a pas été à son boulot lundi et mardi" "Tu lui dis s'il
    te plaît qu'il fasse ses courses lui-même, et s'il était malade ces deux
    jours, il devait venir me voir, sinon je ne peux absolument rien pour lui"
    "Oui mais les flics ils l'ont gardé au commissariat, la garde à vue quoi,
    une histoire de moto, alors il faut pour le patron..." -" Je voudrais une
    boîte de Z... pour ma grand-mère, et puis des gouttes pour les yeux c'est
    pour le chien, et puis la pilule de ma sœur elle a dit que vous savez
    laquelle, je passe dans dix minutes ce sera prêt là, parce qu'après je suis
    pressé..."

    Le plus incroyable sera, toujours, cette impression de rigoureuse
    incompréhension étonnée et peinée devant nos refus de médecin. Mais
    qu'est-ce qui lui prend à celui là de faire des histoires ? - "Ya
    l'assistante sociale (ou l'avocat, ou l'assureur, ou ... ) qui m'a dit de
    demander un certificat, il a dit vous n'avez qu'à dire que... (que vous êtes
    enceinte (même si ce n'est pas exact), qu'il m'a battue (remarque
    identique), qu'il donne pas assez à manger à la petite le dimanche, qu'il la
    tripote (et encore la même remarque, en dépit de l'invention pure et
    simple). Ils défilent, ou ils stagnent. Car celui qui est resté 45 minutes à
    raconter son shit, sa famille pourrie, son chômage, sa mère en fauteuil
    roulant, son père qui lui coupe le téléphone, le frigo, lui coupe la douche,
    l'électricité, celui-là s'est carrément incrusté. "Je repasserai vous payer"
    (L'expérience du médecin me dit qu'évidemment non). Celle qui a amené trois
    gosses et n'a cessé une seule minute de parler d'elle, a conclu aussi, après
    40 minutes "mon mari viendra déposer le chèque" (L'expérience du médecin
    prévoit bien sûr que non). Et celle qui avale tout et n'importe quel
    calmant, des "prêts" de la pharmacie affirme-t-elle, automédication, qui en
    demande d'autres, refus expliqué après longues palabres, elle annonce
    différemment la chose : "je n'ai rien prévu pour vous docteur", c'en est
    presque poétique, pour un résultat équivalant, encore une consultation
    gratuite extorquée. (L'expérience du médecin prévient = comme celles à
    venir)

    Et le médecin aura vécu, subi, porté, encaissé, aidé, aimé, toléré, écouté
    vingt-quatre personnes dans les sept heures de cet après-midi là,
    harassantes, sans un dixième de seconde de répit, dans un vacarme de gare
    routière, une odeur de vestiaires de sport et de latrines. Avec neuf
    personnes ne réglant pas leur dû, n'indemnisant pas sa peine, son écoute. 12
    % intégralement non rémunérés, offertes à la Nation, à la passion, à la
    mission, à l'omission ou à l'abstention. Et 24 % éventuellement payés par
    tiers, si l'administration concernée est fiable, si les cartes présentées ne
    sont ni falsifiées ni périmées, si les départements concernés condescendent
    à fonctionner selon le mode de tiers payant. Si, si, si.. Trente-six pour
    cent de non payants.

    Deux éléments dont le docteur est certain : lui a réellement travaillé comme
    un malade, et les "malades" supposés n'étaient bien souvent de surcroît pas
    les titulaires ou les ayant droit des titres de paiement différé par tiers
    payant, quand ils existaient, tant les cartes en question se prêtent, se
    louent, se volent... Lui n'aura pas volé son repos. Mais il aura acquis en
    plus l'impression horrible, sordide, à la fois une honte et une révolte, un
    constat de désespoir et de misère, de scandale et d'inadéquation, autant
    remords de penser ainsi que fureur d'être traité de la sorte, l'impression
    de ne plus représenter en ces moments que le vide-ordures de la région. Ou
    la chasse d'eau.

    Et, facteur aggravant, le sentiment de ne même pas tant en vouloir aux
    "patients", à la clientèle, victimes d'abord des carences en tout : emploi,
    éducation, finances, respect, bonheur, culture, pensée, créativité etc.,
    qu'aux gouvernants successifs, en file indienne sans un pour compenser les
    inepties et absurdités de l'autre, mais si éloignés du réel au quotidien, de
    la plus infime lucidité nécessaire pour comprendre l'exercice des
    professionnels dans un cadre vrai. Même si, pour se réconforter, le
    praticien peut toujours imaginer qu'il est aussi, ou plutôt, l'usine de
    traitement des déchets. Lui, il est plutôt spécialisé dans ceux du genre
    humain...

    La réflexion s'ouvre alors largement, avec un afflux d'idées. J'assume tant
    que la tâche est gratifiante. Saint-Vincent de Paul a gagné la sainteté, et
    puis ... mais oui c'est vrai Poubelle s'est fait un nom pour la postérité,
    et sans doute un héritage. Gratifiant. Serait-ce la clef ? Un vide-ordures
    ou une chasse d'eau sont implicitement destinés à évacuer, non à gratifier.
    Le client a donc besoin de m'amener au minimum un intérêt, ou de rapporter
    des intérêts à mon investissement. Problème psychologique du tiers payant =
    disparition de l'investissement personnel. L'investisseur est la CPAM,
    Gégétel, ou des organismes sociaux. Mais quand le choix par le patient
    résulte seulement de la disponibilité horaire, de la gratuité, de la faculté
    d'accès, de l'acceptation de la carte, il n'y a plus de gratification,
    seulement du service. Et même pas le pourboire pour le serveur.

    Je me défoncerai totalement pour un patient non payant, même tiers payant,
    si je lui ai été UTILE, si je l'ai aidé, écouté, compris, orienté, traité,
    accompagné. L'utilité est gratifiante. Si je n'ai été que la pompe de la
    Station Service, la gondole garnie de la Supérette, la Halle aux
    marchandises bradées, la nocturne du fourre-tout /vend tout, la fente pour
    le titre de paiement, carte de crédit, ticket restaurant, jeton de machine à
    café, la gratification de mon travail se réduit au BON POUR 4 Fr IMMEDIATS A
    LA CAISSE, 30 % de mousse à raser en plus, une crêpe supplémentaire pour 5
    achetées.

    Mon métier, ce métier d'amour, de passion, d'enthousiasme, de dévouement, de
    disponibilité sans compter depuis trente ans, cette profession incomparable,
    extraordinaire de bonheur au service des êtres humains en souffrance, en
    besoin, ce métier est devenu un BON DE REDUCTION, un "discount" pour
    employer un terme compris mais malheureusement franglais, une profession au
    rabais. Bien évidemment tous ces gens, ces êtres, toutes ces personnes
    citées méritent, ont droit, nécessitent des soins, sans doute mieux, sans
    doute autant, peut-être plus (vieux fond d'inspiration chrétienne ?).

    Bien sûr et tout autant les situations professionnelles ne sont pas
    comparables, n'ont quasiment rien à voir entre le sordide décrit dans une
    banlieue terriblement défavorisée socio-économiquement et des zones plus
    paisibles, rurales, provinciales éventuellement, mieux loties. Mais
    l'humanitaire est la noblesse de notre tâche, l'humanitaire est l'appel de
    notre profession. Dans égout et dans dégoût il y a le même petit goût amer.

    S'il rend service, un vide-ordures n'a aucune raison autre d'être fier de
    lui. Alors que l'humanitaire du quotidien de la banlieue, même de l'horreur,
    a son honneur, son bonheur, sa fierté, sa noblesse, sa passion, son plaisir,
    son ardeur, son enthousiasme, son appel des autres : il fait plus que
    TRAITER LES autres, il TRAITE AVEC le genre humain. Et persiste l'humour.

    Et une dernière confidence : pour rien au monde je n'aurais changé de
    métier, si c'était à refaire je le choisirais de nouveau. Mais ce sont
    malgré tout nos gouvernants des cinq dernières années qui me poussent à
    quitter le terrain avant l'âge prévu à mes débuts. Et ce gâchis là est
    définitivement IMPARDONNABLE, Messieurs et Madame les Ministres.
    Impardonnable.



    Dr JB (Yvelines)
    Dernière modification par d_dupagne, 29/04/2008, 15h13.

    #2
    Re : Vide-ordures

    Célinien c'est le mot

    Commentaire


      #3
      Re : Vide-ordures

      Envoyé par letotor
      Célinien c'est le mot
      Ben non , parceque une violence aussi exacerbée ne peut s'accompagner que d'un vrai génie littéraire, et c'est le cas de Céline, pour ne pas donner un texte qui donne envie de gerber comme celui-là, qui n'est que bien écrit..

      Pour contre-balancer, Alain Froment, qui parle du patient:

      Et comme il nous revient cependant de lui donner conseil, que pouvons-nous faire, sinon essayer patiemment de le comprendre, non seulement du point de vue médical, mais dans tout ce que la conversation nous permet de soupçonner de son être, dont nous sous-estimons cependant toujours la richesse, et compatir à ce que serait sa vie dans les diverses optiques évolutives et thérapeutiques envisageables, maintenant, et plus tard.
      “Apprendre par la compassion” (le « durch Mitleid wissend » de Parsifal), n’est-il pas notre seule voie, quoiqu’imparfaite, pour compléter la connaissance biologique, et tenter de conseiller non plus “l’état biologique ”, mais la Personne entière, en tenant compte de ce que nous savons, et de ce que nous ignorons, et comme nous souhaiterions qu’on nous conseille.
      cath

      debout les crabes.. la mer monte !

      Commentaire


        #4
        Re : Vide-ordures

        Bonjour,

        BEaucoup de reflexions qui s'opposent en moi à la lecture de ce texte.

        merci à Moicat de rappeller le texte de Froment, qui met de la fraicheur dans l'air.
        Mais pas d'accord avec vous Moicat sur ce que ce texte fasse gerber.
        Ce qu'il décrit existe telquel.
        Comment réagir autrement que lui au milieu de cette situation ?

        Il a l'honneteté et le courage de l atransparence.
        CA j'aime.

        Par contre ce qui m'imperssione toujorus autant, c'est cette profonde blessure narcissique qu'ont certains médecins quand ils ne sont pas reconnus pour leurs apports (ou ceux de leurs confreres parfois ). Et lui n'échappe pas à la règle.
        Il dit un truc du genre " si seulement ils pouvaient prendre ce que j'ai à leur donner, je leur donnerais tout de moi".
        Oui d'accord, et il appelle ca Amour, passion.
        Pas d'accord.
        CAr il ressort si fort ce besoin de réconfort narcissique : je te donne pour que je puisse exister en Dieu à tes yeux.
        L'amour pour moi se rapproche plus de Froment : il donne sans rien attendre, en confiance, sans recherche du retour, juste du don.

        Néanmoins, la situation telle que décrite semble intransformable.
        Alors meme "à la Froment", que quoi comment donner dans cette situation ?
        Il y a de quoi écrire un texte comme cela, oui.
        Sauf que son argument final du "je suis une carte bleue, etc..." et non pas un medecin ne me plait pas.

        J'aurais préferé qu'il finisse sur la souffrance devant le constat d' intransformable de la situation.
        Mais il parle en son nom, en 1iere ligne, alors il a droit de dire ce qu'il veut.

        Mais sa souffrance est vraiment trop narcissique telle que décrite pour que je puisse la digérer et aller au delà, c'est ce qui me gêne, et qui m'empeche de le lire avec admiration.
        Mais respect, tout à fait.

        Merci
        Dernière modification par Rapsody, 30/04/2008, 00h02.

        Commentaire


          #5
          Re : Vide-ordures

          Envoyé par Rapsody
          Par contre ce qui m'imperssione toujorus autant, c'est cette profonde blessure narcissique qu'ont certains médecins quand ils ne sont pas reconnus pour leurs apports (ou ceux de leurs confreres parfois ). Et lui n'échappe pas à la règle.
          Il dit un truc du genre " si seulement ils pouvaient prendre ce que j'ai à leur donner, je leur donnerais tout de moi".
          Oui d'accord, et il appelle ca Amour, passion.
          Pas d'accord.
          CAr il ressort si fort ce besoin de réconfort narcissique : je te donne pour que je puisse exister en Dieu à tes yeux.
          L'amour pour moi se rapproche plus de Froment : il donne sans rien attendre, en confiance, sans recherche du retour, juste du don.
          Je crois tout simplement que c'est ce qui fait tenir les hommes dans leur métier en général : la reconnaissance...
          Pour quoi seriez-vous prêts à travailler plus et/ou mieux? Un salaire en augmentation et/ou la reconnaissance de votre entourage professionnel...

          Commentaire


            #6
            Re : Vide-ordures

            Envoyé par etoile33
            Je crois tout simplement que c'est ce qui fait tenir les hommes dans leur métier en général : la reconnaissance...
            Pour quoi seriez-vous prêts à travailler plus et/ou mieux? Un salaire en augmentation et/ou la reconnaissance de votre entourage professionnel...
            Bonjour Etoile,
            Il existe une troisième dimension, celle de Froment citée dnas les ligens de Moicat, par exemple.
            C'est à dire dépasser les besoins matériels, dépasser le besoin de reconnaissance qui génère pouvoir guerres ou juste souffrance dans ce cas, dépasser, et donner de soi pour le meilleur, tout simplement. Pourquoi ? Par amour du meilleur.
            Mais il faut etre capable d'avoir été au delà de soi meme dans la vie.
            SE donner corp et ame pour la reconnaissance, ce n'est pas aller au delà de soi meme.
            Aller au delà de soi meme, c'est etre suffisemment équilibré et généreux, pour pouvoir donner gratuitemnt justement, sans besoin de reconnaissance.
            Moi j'y crois à ce 3ieme axe. ET je crois qu'un médecin doit etre dedans.

            JE vous donne un ex : j'ai une medecin en ce moment qui devant le succes sur moi d'un traitement (que j'ai du mal à accepter mais maintenant ca va du fiat de mon cheminement et peut etre qques echanges avec elle), me dit maintenant sansn cesse : ah vous voyez maintenant que vous prenez "mes" pillules vous y arrivez.
            Je ne supporte pas ce "mes". Elle se met en pouvoir sur moi, et a ce besoin central de s'attribuer ma guérison. CA m'irrite fortement.
            En me serrant la main en partnant, elle me dit "et prenez bien mes petites pillules hein ?". Bon elle a d'autres bons cotés, mais celui là devient vriament énervant pour moi.

            A+.

            Commentaire


              #7
              Re : Vide-ordures

              Bonjour

              Ce qui est toujours aussi difficile a comprendre c'est comment une petite minorité ( de patients) peut engendrer dans notre environnement sociétal une telle souffrance chez ce professionel.
              Peut être que tu as raison Rapsody ça doit renvoyer a une blessure narcissique quelque part...mais le fait de faire de la médecine doit a la base se constuire là dessus....
              Notre vieille terre est une étoile ou toi aussi tu brilles un peu....

              Commentaire


                #8
                Re : Vide-ordures

                Envoyé par Rapsody
                Bonjour Etoile,
                Il existe une troisième dimension, celle de Froment citée dnas les ligens de Moicat, par exemple.
                C'est à dire dépasser les besoins matériels, dépasser le besoin de reconnaissance qui génère pouvoir guerres ou juste souffrance dans ce cas, dépasser, et donner de soi pour le meilleur, tout simplement. Pourquoi ? Par amour du meilleur.
                Mais il faut etre capable d'avoir été au delà de soi meme dans la vie.
                SE donner corp et ame pour la reconnaissance, ce n'est pas aller au delà de soi meme.
                Aller au delà de soi meme, c'est etre suffisemment équilibré et généreux, pour pouvoir donner gratuitemnt justement, sans besoin de reconnaissance.
                Moi j'y crois à ce 3ieme axe. ET je crois qu'un médecin doit etre dedans.
                Dans cette société de plus en plus individualiste, comment demander au médecin (qui n'est au final qu'un homme) ce que les autres refusent?

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                  #9
                  Re : Vide-ordures

                  Bonjour,
                  Je reviens à ce texte, que j'ai déjà lu, et qui me donne de l'urticaire.. J'essaie de comprendre pourquoi; je crois que c'est cette caricature d'un ensemble de gens définitivement laids et méprisables, chez qui il ne discerne plus l'individu (c'est embêtant dans la relation de soin..) et qui renvoie à une image de lui-même, homme que son "métier d'amour, de passion, d'enthousiasme, de dévouement, de disponibilité sans compter depuis trente ans" ferait appartenir à l'élite du genre humain..

                  Je me défoncerai totalement pour un patient non payant, même tiers payant, si je lui ai été UTILE, si je l'ai aidé, écouté, compris, orienté, traité, accompagné. L'utilité est gratifiante.
                  Il n'est jamais sollicité pour soigner réellement, les déchets humains n'ont besoin que d'arrêt maladie ou de soins de confort ?

                  Et le médecin aura vécu, subi, porté, encaissé, aidé, aimé, toléré, écouté vingt-quatre personnes dans les sept heures de cet après-midi là,
                  harassantes, sans un dixième de seconde de répit, dans un vacarme de gare routière, une odeur de vestiaires de sport et de latrines. Avec neuf
                  personnes ne réglant pas leur dû, n'indemnisant pas sa peine, son écoute.
                  .......................................
                  De manière extraordinaire, il subsiste entre tous ces intervenants des
                  consultants "normaux", avec un comportement logique, poli, motivé, et
                  rémunérant l'acte du médecin de façon normale aussi.
                  Bon, alors il a installé son cabinet à côté d'un regroupement de gens du voyage sédentarisés (très mauvais patients, c'est vrai, tous les praticiens ont béni la carte CMU chez eux..), et il ne reçoit que ceux-là..

                  L'auteur exprime une souffrance profonde, pour laquelle il a trouvé un coupable extérieur, ne percevant en lui-même que la passion de servir et d'être utile.
                  Dans le milieu de la santé, on se méfie du langage grandiloquent et des grandes aspirations, qui confortent l'ego et ne favorisent pas l'empathie..
                  Le narcissisme est le premier piège du soignant débutant, sans doute tout particulièrement pour les médecins (l'exercice infirmier est une bonne école de l'humilité..).

                  Je ne doute pas de la difficulté de l'exercice professionnel de l'auteur, mais il lui manque une dimension d'introspection, de remise en cause de lui-même ou de sa situation : pourquoi n'envisage-t-il pas une installation en zône rurale, où il pourrait vivre pleinement sa passion professionnelle ?

                  Mais ce sont malgré tout nos gouvernants des cinq dernières années qui me poussent à quitter le terrain avant l'âge prévu à mes débuts. Et ce gâchis là est définitivement IMPARDONNABLE, Messieurs et Madame les Ministres.
                  Impardonnable.
                  Ben voilà, la boucle est bouclée..

                  Il y a chez Céline une auto-dérision profonde, une joie désespérée qui m'ont souvent fait éclater de rire en le lisant; quand je lis ce texte, je ressens de la colère et de la tristesse..
                  cath

                  debout les crabes.. la mer monte !

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                    #10
                    Re : Vide-ordures

                    J'aime bien ce que vous dites Moicat nous sommes d'accord.
                    Et puis, ca me donne envie de lire Céline.
                    EXcusez moi du hors sujet, mais auriez vous un livre à me conseiller s'il vous plait ?

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                      #11
                      Re : Vide-ordures

                      Envoyé par etoile33
                      Dans cette société de plus en plus individualiste, comment demander au médecin (qui n'est au final qu'un homme) ce que les autres refusent?
                      Bonjour Etoile,
                      Ben je ne demande rien au médecin moi justement, mais j'imagine que si on fait médecine, ca doit s'accompagner d'un fort travail sur soi meme autour de ces notions là. CA devrait faire partie de la formation meme ?

                      sinon je suis bien ambivalente, je le sais.
                      PAr ex. si j'écris un bouquin :
                      si je dis "j'écris un bouquin plus sur un blog, car je souhaite etre éditée au grand jour, etre connue et valorisée dans mon ego surdimensionné", ca passe mal.
                      LA meme pernosne qui fait la meme démarche discretement, on ne lui dira rien, et personne ne pensera à son narcicisme.
                      Donc bien sur que le narcicisme et la reconnaissance sont les moteurs de tant de nos faits et gestes voire métiers pour certains.
                      Mais dans le cadre du médecin, je persiste à croire, que vraiment ce point doit être dépassé pour exercer au mieux.
                      Enfin c'est ce que j'en pense moi, ca vaut ce que ca vaut, c'est peut etre très puéril comme remarque de ma part mais j'en suis là.

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                        #12
                        Re : Vide-ordures

                        Envoyé par Rapsody
                        J'aime bien ce que vous dites Moicat nous sommes d'accord.
                        Et puis, ca me donne envie de lire Céline.
                        EXcusez moi du hors sujet, mais auriez vous un livre à me conseiller s'il vous plait ?
                        Coucou

                        Voyage au bout de la nuit, chez Gallimard.

                        Dans mon métier à moi, quand je vois des gens qui passent pour jeter un oeil sur le journal local,
                        et qui,l'année d'après,se sont inscrits,
                        et finissent par sortir avec du Céline
                        ou autre,
                        je ressens l'utilité de ce que nous faisons, et je suis heureuse.

                        Cléo

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                          #13
                          Re : Vide-ordures

                          Envoyé par cléo
                          Coucou

                          Voyage au bout de la nuit, chez Gallimard.

                          Dans mon métier à moi, quand je vois des gens qui passent pour jeter un oeil sur le journal local,
                          et qui,l'année d'après,se sont inscrits,
                          et finissent par sortir avec du Céline
                          ou autre,
                          je ressens l'utilité de ce que nous faisons, et je suis heureuse.

                          Cléo
                          Merci l'amie

                          Commentaire


                            #14
                            Re : Vide-ordures

                            Envoyé par Rapsody
                            Mais sa souffrance est vraiment trop narcissique telle que décrite pour que je puisse la digérer et aller au delà, c'est ce qui me gêne, et qui m'empeche de le lire avec admiration.
                            Mais respect, tout à fait.
                            Bonjour,
                            Toute souffrance ne peut elle pas être que narcissique. Ben oui c'est vraiment personnel ça la souffrance.

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                              #15
                              Re : Vide-ordures

                              Envoyé par Rapsody
                              J'aime bien ce que vous dites Moicat nous sommes d'accord.
                              Et puis, ca me donne envie de lire Céline.
                              EXcusez moi du hors sujet, mais auriez vous un livre à me conseiller s'il vous plait ?
                              Bonjour (re)

                              Tout est bon, mais je crois qu'il faut commencer par "voyage au bout de la nuit"

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