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    #2
    Re : U Topic

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      #3
      Re : U Topic

      Nicolas Bouvier, papier collé.

      Dans les rares souvenirs que je peine à rassembler de ces années perdues, il en demeure la fugitive image d'un guide étrange et fraternel, une figure tutélaire de voyages que je ne ferai jamais. Ou bien alors les ai-je tous faits. Autrement, et pourtant pareillement, de la manière forte en quelque sorte.

      Comme si de ces épicentres de vertige, la planisphère dérivante aux semelles de vent nous eût happé. Lui, au fil des kilomètres et des continents à l'embrasse vertigineuse, et moi dans mes landes, abîmé sans boussole au si vaste monde de mon absence au monde.

      Me vient en tout premier lieu cette image d'un petit matin où quelque enfant, alors, glisse au réveil de ses mille sommeils dans l'encadrement de la porte du bureau où j'ai passé la nuit plongé dans le 'Journal d'Aran', sans doute, ou 'L'usage du monde', peut-être, allons savoir. De ces nuits de blanche en blanche - les signes, les hiéroglyphes, toujours les mêmes - aux confins de ces terres de gribouille, me sourit en baillant un 'Toi et ton Bouvier!', et si moi un peu hébété, de lui sourire en retour, je suis dans cette belle lumière là - ô si présent à cet instant gravé - car loin, si loin. Au coeur de mes périples éreinté dans la nuit de ces aventures. C'est de cette fratrie cartographique des vies du passage, de ce qui reste de nous lorsque tout est irrémédiablement ailleurs, dans la perte et la permanence, que je file dans son monde, à NBouvier, l'écho palpitant de ce qui m'habite.

      Impossible d'écrire sur le Suisse omnivore ou de penser à ce pilier du Temple sans s'écrire, soi, ou de se penser, soi. Il en est ainsi de ces hommes-monde qui résonnent en nous par quelque artifice de magie pure. Parcourir le dédale de ses découvertes, de ses cheminements, c'est sans coup férir aller au coeur d'une matière intime et silencieuse, alliant une érudition de bête de somme à un corps-insecte en perpétuel mouvement. L'esprit incarné. Un voyage au pays de l'Humain, décliné, embrassé, vagabondé. Touché, coulé, écrit.

      Alors s'en remettre, peut-être, dans cette masse d'existence, à ce qu'il écrit, lui, sur Vladimir Holan, dans sa préface au recueil 'Douleur'. Toujours ces fratries de passage aux relais de la mémoire. Bouvier découvre donc Holan à 22 ans avec le vers "Il y a le destin, et tout ce qui ne tremble pas en lui n'est pas solide".

      "Inutile de dire que la vie n'étant que tremblement, de terreur ou de plaisir, ce qui ne tremble pas ne m'intéresse pas le moins du monde. (...) Il ne m'en fallait pas plus pour savoir que ce petit bouquin d'un éclat si sombre et si fraternel serait pour moi un compagnon de vie, un guide-âme pour le jeune Aliboron que j'étais, la leçon d'irrationnel dont j'aurais toujours besoin, une morale de l'échec fredonnée par un homme qui, comme un sage japonais, savait mieux que personne que si la poésie pouvait véritablement atteindre sa cible, le monde disparaîtrait et les étoiles s'éteindraient comme chandelles soufflées. Cette impossibilité à dire absolument la création, cette marche nocturne et tâtonnante vers un point d'eau que la fugacité, la précarité mais aussi la lourdeur de la condition humaine nous interdisent à jamais d'atteindre est sans doute le plus grand cadeau qu'un vivant puisse faire à son semblable. (...) Lignes à la fois opaques et étincelantes, agonies sublimées ou instant d'émerveillement éperdu devant la merveille que c'est d'exister. Avant cette dernière douane du silence où tout conduit, il faut des couleurs, des odeurs de vin nouveau, des lampions, des cambrures de femmes, des arrache-coeurs à n'en plus finir. Toutes ces marchandises se trouvent dans l'épicerie magique de Holan: pénombre, bocaux où étincellent des caillots de mémoire dont le sang est encore chaud."

      Et l'épicerie magique? C'est les autres. Le monde arpenté dans cet infini petit laps de temps qui nous est imparti, à la chance inouïe de vivre.

      Aux grands baroudeurs les grands remèdes, Bouvier brille comme une étoile lointaine qu'il n'aura pas su éteindre, bien sûr. L'astre noir de la littérature l'a happé puis recraché: le 'vaste' monde ingurgité, adoré, digéré, sera écrit, dessiné, photographié, sans relâche, au kilomètre et à la tonne, mais ciselé, tissé dans la toile d'un va-et-vient incessant entre le trop plein de vie et la mort sûre.

      De ces années perdues remonte la tendresse d'un sourire complice au point d'un jour mort-né, là où passe le relai de la matière. Et dans cette ombre de vie, là, le rachat de ce qui nous a dévoré, ce qui demeure dans les rases campagnes au retour d'une si longue absence. "Cette marche nocturne et tâtonnante vers un point d'eau", arrivé à l'approche de "ce point central, ce 'quasar' où tout ne peut que disparaître, certains poèmes autant de mantras salvifiques qu'on peut se répéter dans le noir lorsque tout se gâte."

      La vadrouille en Topolino s'arrête à une affaire de peau - mais ça c'est une autre histoire - un parchemin vieux comme le monde, la peau du monde.

      Nicolas Bouvier, papier buvard, papier collé.
      Dernière modification par Soares, 21/04/2014, 19h35.

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        #4
        Re : U Topic

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          #5
          Re : U Topic

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          Dernière modification par Sola(*), 21/01/2014, 11h04.

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            #6
            Re : U Topic

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              #7
              Re : U Topic

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                #8
                Re : U Topic

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                  #9
                  Re : U Topic



                  Christopher Walken. Portrait of a young man.

                  As time goes by. Christopher Walken and Dennis Hopper on the world's stage.

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                    #10
                    Re : U Topic

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                      #11
                      Re : U Topic

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                        #12
                        Re : U Topic

                        Envoyé par Calmopée
                        I love U


                        Pow! Shebam!

                        Sous les ondes de choc, la planète U vacille:

                        "Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée
                        Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
                        Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi,
                        Athènes me montra mon superbe ennemi.
                        Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
                        Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
                        Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
                        Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
                        Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
                        D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables."

                        Racine, 'Phèdre', (Acte I, Sc.3)



                        Sous le Topic du Cancer, la Crucifixion en rose?

                        On se calme et on remballe (je m'égare, je m'égare!)

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                          #13
                          Re : U Topic

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                            #14
                            Re : U Topic

                            1933. 'King Kong', cette année-là. Aussi.



                            Fay Wray.



                            Kong.

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                              #15
                              Re : U Topic

                              https://unebullepourorphane.wordpress.com/


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