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Comment le Coluche islandais est devenu maire de Reykjavik

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    Comment le Coluche islandais est devenu maire de Reykjavik

    Jon Gnarr est un humoriste islandais qui a fait campagne pour la mairie de Reykjavik en 2010 et a été élu à la surprise générale. Il avait fondé le Meilleur Parti, avec le slogan "Ne votez pas pour le moins bon, votez pour le meilleur"



    Si vous étiez abonné à Courrier International, vous pourriez lire intégralement l'excellent article où cette aventure est contée.

    Ce qui est magique, c'est que la gestion de la ville par la bande de punks, rockers, anarchistes et surréalistes qui l'entourait s'est révélée excellente. Jon Gnarr n'étant pas un politicien ni un carriériste et ne s'est pas représenté en 2014. Ce succès est une leçon intéressante sur la politique, notamment pour ceux qui affirment qu'elle doit rester une affaire de professionnels. Il est tout de même frappant de constater que les grands hommes politiques (comme les grands chefs d'entreprise) sont rarement issus des écoles qui forment à la gestion et à la politique.

    Extraits de l'article :

    Pour apprécier la témérité des électeurs de Reykjavík, il suffit de consulter quelques-unes des principales promesses de campagne du Meilleur Parti : distribution de serviettes gratuites dans les piscines ; introduction d’un ours polaire au zoo de la ville ; importation de Juifs “pour qu’il y ait enfin des gens qui s’y connaissent en économie en Islande” ; un Parlement sans drogue d’ici à 2020 ; un conseil municipal inactif : “Nous avons travaillé dur toute notre vie, nous souhaitons maintenant être très bien payés à ne rien faire” ; des transports collectifs gratuits. (Programme assorti de la mention : “Nous pouvons faire encore plus de promesses que les autres partis parce que nous n’en tiendrons aucune.”)

    (...)

    Rien ne prédestinait le jeune Gnarr au bonheur ou au succès. Enfant né sur le tard de parents aigris – un père policier et stalinien, abonné à la Pravda et affichant chez lui, même si ce n’est que sur la porte du placard à balais, la photo du numéro un soviétique, et une mère conservatrice. En tant que communiste, le père n’a jamais eu de promotion dans sa vie professionnelle. Les monologues interminables auxquels il se livre à table éveillent chez le fils un profond rejet de la politique. En outre, Jón a d’autres problèmes : à l’école, c’est un cancre. Les médecins le déclarent attardé. Il est petit, malingre, souffre d’hyperactivité et est sujet aux migraines. Il n’apprend à écrire qu’à l’âge de 14 ans et ne parvient à énumérer les mois de l’année dans le bon ordre que lorsqu’il a 16 ans.

    A cet âge-là, il a déjà deux tentatives de suicide à son actif et écume les foyers pour jeunes en difficultés. Tout le monde, y compris lui-même, le prend pour un idiot. A 13 ans, il prend trois décisions : il sera punk, il sera le clown de la classe (“Mieux vaut être un clown qu’un idiot”) et il n’apprendra plus rien dans le cadre scolaire. Il ne lira plus qu’“en privé”, mais alors sans arrêt : sur l’anarchisme, Bruce Lee, les Monty Python, le Tao Tö King et le surréalisme. Gnarr devient aide-soignant en psychiatrie, chauffeur de taxi et bassiste au sein du groupe punk Les Morveux. A 20 ans il est papa, et un beau jour il se rend compte qu’il déteste la musique – mais qu’il adore parler entre les morceaux. Il parle de plus en plus et finit par décider d’en faire son métier.

    Il entame alors une carrière de comique et enchaîne gags téléphoniques pour la radio, stand-up, chroniques, sketchs et séries télévisées. Sur l’île, le métier d’humoriste n’est pas courant. Ce qui vaut aux fils de Gnarr de s’entendre dire par leurs camarades de classe que leur père a l’air sérieusement dérangé. Mais les gens s’habituent et il devient célèbre. (“Ce qui ne veut pas dire grand-chose sur une île de 300 000 habitants, explique Gnarr. T’achètes une bouteille de lait, et paf, t’es célèbre.”)

    (...)

    Gnarr s’est fait tailler en pièces lors d’un entretien télévisé. Interrogé sur l’aéroport [sujet de controverses pour des raisons de sécurité et de nuisances sonores], il répond : “Aucun avis.” Il quitte le plateau découragé, humilié, avec le sentiment d’être un idiot. Mais à sa grande surprise le public le félicite : “Enfin un qui l’avoue !” Le Meilleur Parti atteint 20 % dans le sondage qui suit.

    (...)

    Le soir du scrutin, le Meilleur Parti pose ses conditions : pour prétendre à entrer dans la coalition, il faut avoir vu les cinq saisons de [la série] The Wire. Les sociaux-démocrates acceptent et, selon la presse locale, risquent ainsi le suicide politique. En fait, ils ont le choix entre le risque de mourir et la mort : Dagur Eggertsson, le chef du parti, que ses amis et ses ennemis disent “très doué pour parler, mais moins doué pour écouter”, vient de perdre sa deuxième élection d’affilée. Il veut le pouvoir. Il emprunte donc trois saisons de The Wire. “Au début, on s’est dit que ça tiendrait tout au plus un an, se rappelle le social-démocrate Hjálmar Sveinsson. Mais, étonnamment, tout s’est très bien passé. Ils avaient de belles idées : défendre les droits de l’homme, faire de la politique une œuvre d’art, etc. […] C’est presque toujours Dagur qui dictait la stratégie. […]. Au fond, c’est nous qui prenions toutes les décisions importantes. […] Ils ne disaient rien ! […] Je crois qu’ils ne pensaient qu’à trois choses : survivre, assumer leurs responsabilités et s’amuser. C’était vraiment une époque joyeuse.”

    (...) à propos de The Wire lisez ceci

    Le bilan. Après quatre ans avec des anarchistes à la tête de Reykjavík, le bilan est assez inattendu : les punks ont assaini les finances. Et puis ils ont tenu quelques discours particulièrement réussis, construit plusieurs dizaines de kilomètres de pistes cyclables, conçu un plan d’urbanisme, réorganisé les écoles (ce dont plus personne ne se plaint), développé les petits ateliers d’art et fait de la capitale une ville agréable à vivre et en plein essor : le tourisme enregistre une croissance de 20 % chaque année (ce que certains qualifient de nouvelle bulle). Le prix de l’immobilier recommence à grimper, des hôtels sortent de terre un peu partout, les costumes ne sont toujours pas revenus à la mode mais on voit beaucoup plus de Range Rover dans les rues.

    Le pays a de nouveau la folie des grandeurs. “Le truc le plus radical qu’on ait fait, c’est d’arriver au pouvoir, analyse Björn Blöndal, le Prince des ténèbres. Sinon, on a surtout travaillé. Encore que : le truc radical aussi, c’est d’avoir travaillé proprement. On a engagé des réformes sans aucun argent. En tant qu’artistes, on avait l’habitude de travailler avec de petits budgets, ça nous a aidés. On ne voulait pas faire sauter le système. On voulait construire quelque chose : quelque chose de beau, de divertissant et de cool.” De toute évidence, le Meilleur Parti a rempli son contrat. Il était à 38 % dans les sondages au mois d’octobre dernier, son record. Peu de temps après, Jón Gnarr a annoncé qu’il voulait arrêter et dissoudre le Meilleur Parti : “Je suis un humoriste, pas un homme politique. J’ai été chauffeur de taxi pendant quatre ans, et même un très bon chauffeur de taxi, mais j’ai quand même arrêté.” D’autres continuent et ont créé le parti Avenir radieux pour reprendre le flambeau.
    Dernière modification par d_dupagne, 21/08/2014, 06h59.

    #2
    Re : Comment le Coluche islandais est devenu maire de Reykjavik

    En fait, cela me fait furieusement penser à cette blague célèbre

    Un type crève devant un hôpital psychiatrique. Furieux de se mettre en retard, il sort sa roue de secours en râlant, dévisse les 4 boulons de la roue crevée, mais dans sa fébrilité, les fait tomber dans une grille d'égout.

    Très énervé, il hurle de rage en donnant des coups de pieds dans sa voiture, quand il entend 3 fous qui l'appellent depuis la fenêtre de leur chambre :

    "Eh bien t'as qu'à prendre 1 boulon sur chacune des 3 autres roues, et tu auras 3 boulons pour ta 4ème roue"

    Interloqué, il leur répond "Putain, mais c'est génial, qu'est-ce que vous foutez là ? "

    "On est fous, mais pas cons"

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      #3
      Re : Comment le Coluche islandais est devenu maire de Reykjavik

      Ça, c'est une histoire comme je les aime (la mairie islandaise et Jon Gnarr)

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        #4
        Re : Comment le Coluche islandais est devenu maire de Reykjavik

        Envoyé par reflex
        Ça, c'est une histoire comme je les aime (la mairie islandaise et Jon Gnarr)

        Bonjour,

        "The Wire" est une histoire comme je les aime.
        Merci docteur d'avoir souligné l'intérêt de cette série.

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